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Amateurs de thiaff (arachide grillée) ? : sachez le ! les chinois sont là…

Mauvaise nouvelle pour nous amateurs de thiaff, guerté khotte, guerté kemb, guerté mbakhal, guerté saff, dakhine ou de maffé, si on n’y prend garde, cette denrée qu’est l’arachide, si prisée par tous les sénégalais, va disparaitre ou être hors de prix pour nos maigres bourses. En effet, si l’arrivée des opérateurs chinois dans la campagne de commercialisation a permis d’augmenter les revenus des paysans, hélas pour nous, les prix offerts par ces gens sont si attractifs que non seulement les opérateurs nationaux ne parviennent pas à s’aligner, mais en plus, les paysans en viennent jusqu’à vendre leurs semences, au risque de ne pouvoir planter la prochaine saison.

Tous les records de production d’arachide battus, mais…

Le Sénégal aurait battu cette année, tous les records de production en ce qui concerne l’arachide, mais c’est cette même année qui risque de voir le début de la fin de l’industrie agroalimentaire dans ce pays. En effet, les usines de transformation de l’arachide au Sénégal, ont toutes les peines à s’approvisionner en arachide.arachide redim (1)

Et les producteurs privés sont également dans le même cas. La cause de cette situation ? L’arrivée massive des Chinois dans la campagne de commercialisation de l’arachide.

Aussi bien opérateurs économiques que banquiers, tous les acteurs locaux le constatent : «Les Chinois ratissent nos campagnes, avec des mallettes pleines d’argent. Ils sont prêts à payer jusqu’à 270 francs Cfa le kg d’arachide, au moment où le prix homologué est de 200 francs Cfa. Aucun de nos industriels n’arrive à s’aligner sur ces prix», souligne un banquier sénégalais.

Suneor plombée par le manque d’argent

A ce jour d’ailleurs, la Caisse nationale du crédit agricole (Cncas) a pu financer jusqu’à 1,5 milliard de francs Cfa pour l’une des industries locales. Mais des informations internes indiquent que d’ici demain, la banque pourrait débloquer 5 milliards de francs Cfa supplémentaires pour permettre à l’un de ses partenaires, la Cait, de s’approvisionner en graines.

La Bnde pour sa part, a également injecté à ce jour, environ 3 milliards, qui ont permis à ses clients à Touba et dans le Saloum, d’acquérir de l’arachide. La Copéol de son côté, aurait obtenu un financement des banques étrangères, adossé sur la Bicis, et ne semblerait donc pas souffrir de défaut d’argent.

Mais tous ces montants ne sont pas assez importants pour peser sur la campagne de cette année. En fait, la seule entreprise qui semble véritablement manquer d’argent serait la plus grande industrie de transformation, la Suneor.

préserver notre or rouge

préserver notre or rouge

Or, les pouvoirs publics avaient fait savoir qu’ils comptaient énormément sur la plus grande entreprise huilière du Sénégal pour donner un coup de fouet à la campagne de commercialisation. Et l’Etat était disposé à s’engager pour lui garantir l’acquisition de 300 mille tonnes d’arachide à triturer. Mais il se dit qu’à ce jour, l’ancienne Sonacos n’aurait pas sécurisé plus de 10 mille tonnes d’arachide. Et pour la Suneor, les raisons sont essentiellement financières.

En effet, les 300 mille tonnes d’arachide devraient revenir à environ 140 millions d’euros ou 80 milliards de francs Cfa, et la compagnie n’a pas le premier sou vaillant. Les banques locales sont frileuses à s’engager dans le financement, du fait d’un encours des factures de l’année dernière, qui se chiffrerait à environ 25 milliards de francs Cfa, dus aussi bien par la Suneor que par les autres huiliers et les opérateurs indépendants.

C’est essentiellement le différentiel de la subvention de l’année dernière, que l’Etat n’a pas encore débloqué à ce jour. Et donc, les seuls acheteurs crédibles et solvables semblent donc être les Chinois.

Les Chinois raflent tout

Des acteurs soulignent que ces Chinois avaient préparé leur campagne depuis au moins six mois : «Ils ont acquis des dépôts très bien sécurisés et contractualisés avec les propriétaires depuis bien longtemps. Ils ont des crédits documentaires qui leur permettent de payer les fournisseurs dès que la marchandise est entrée dans les magasins de stockage.»

Au point que, selon les calculs officiels, si rien n’est fait, plus de 80% des 660 mille tonnes destinées à la transformation risquent de prendre des bateaux pour la Chine, alors que les pouvoirs publics n’avaient prévu d’exporter que 250 mille tonnes d’arachide. «Si on n’y prend garde, on n’aura pas de semences pour la campagne de l’année prochaine», s’inquiète un opérateur.

Un autre demande que l’Etat s’intéresse encore un peu plus à l’argent que les Chinois injectent dans la filière. Selon lui, «cet argent ne passe pas par les circuits bancaires normaux. Et personne ne peut assurer par quel canal cet argent est arrivé au Sénégal. Ne serait-ce pas un moyen que les commerçants chinois établis au Sénégal, ont trouvé pour faire de l’évasion fiscale au nez et à la barbe de nos services financiers ?»

De cette manière, non seulement cet argent pourrait finir par tuer la filière arachide du Sénégal, mais en plus, ni le circuit bancaire national ni nos services fiscaux n’en tireraient aucun profit

Pour nous sénégalais lambda, le plus important est de pouvoir continuer à consommer ce produit très nutritif et jusqu’à présent à portée de nos poches.

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