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Adieu marché Sandaga, marché de notre jeunesse !

Depuis 1933, que de ménagères, commerçants, badauds et touristes a vu passer le mythique marché Sandaga en plein centre-ville de Dakar ! L’origine du nom de Sandaga vient d’un grand arbre semblable au baobab, appelé « Sand ». Cette place du grand arbre à palabre était un lieu d’échange, un marché, de sorte que les lébous de l’époque s’y rendaient en disant « ma ngui dem thia sand’a ga » (je m’en vais à la place du sand).

La construction de l’actuel bâtiment colonial érigé par les autorités de l’époque démarra en 1930 et le marché sera inauguré en 1933. Sauf changement de dernière minute, les bulldozers vont raser le marché Sandaga à partir de vendredi prochain, le 3 juillet 2020. Le bâtiment central était en ruine depuis l’incendie qui y avait fait rage dans la nuit du 26 octobre 2016, obligeant les derniers occupants qui y étaient presque en sursit, vue la vétusté du marché, à abandonner définitivement les lieux. En effet, pendant des années les autorités avaient tout tenté pour faire déguerpir les récalcitrants, le marché menaçait de tomber en ruine et les branchements d’électricité anarchique à l’intérieur, faisait courir un danger permanent aux occupants comme aux visiteurs.

Elevé sur 3 niveaux, Sandaga avait pourtant été un marché bien organisé, bien découpé selon les produits que l’on proposait au consommateur. On y entrait de plein pied au premier niveau. Là le visiteur était accueilli par les vendeurs de fruits et les bouchers, au sous-sol à gauche, c’était les vendeurs de légumes, et à droite les vendeurs de poisson. Au niveau supérieur, on trouvait la volaille. Mais le marché avait fini par se ghettoiser, des marchands de tissus ou n’importe quelle autre marchandise exposée au sol, avaient fini presque d’en boucher l’entrée, et tout autour, des cantines avaient été érigées qui proposaient soit des chaussures, des habits, ou accessoires de toutes sortes, bref, tout un fouillis indescriptible qui en faisait une bombe à retardement.

Cet incendie survenu en pleine nuit avait fini par délivrer beaucoup de riverains qui étaient devenus prisonniers du désordre qui régnait aux alentours du marché,  et qui faisait courir à tous un danger permanent et imprévisible.

Cependant, il y aura de l’électricité dans l’air vendredi prochain à Dakar-Plateau. Les nombreuses cantines qui jouxtent le mythique marché Sandaga ainsi que le bâtiment qui abrite le marché éponyme devraient être rasés. Les occupants ont été sommés de déguerpir au plus tard vendredi. Le cas échéant, au lendemain, il ne restera plus que les ruines de cette bâtisse construite en 1933. Une architecture coloniale dont les vestiges visibles à mille lieux rappellent l’oppresseur. Sandaga, c’est un symbole vieillot qui balafre le visage nouveau de la capitale en route pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de 2022. Tous s’accordent de la nécessité de modifier cet endroit, mais achoppent sur les modalités et le tempo.

Après avoir longtemps résisté à la relocalisation dans un autre endroit de la capitale, le collectif des marchands de Sandaga ont en face d’eux aujourd’hui le nouveau ministre de l’Urbanisme, du Cadre de vie et de l’hygiène publique qui entend reproduire le même modèle en adjoignant un supermarché avec toutes les commodités pour y abriter les occupants des cantines.

Seulement, des commerçants regroupés dans «And Taxawu» Sandaga, quoi que favorables au projet de réhabilitation, s’insurgent et dénoncent le coup de force de l’état.

Arrivé à la tête du ministère de l’Urbanisme, du Cadre de vie et de l’Hygiène publique, Karim Fofana est droit dans ses bottes. Il entend réaliser ce projet à la vitesse de la lumière, sans flancher.

Pour Fofana, l’Etat a déjà mis 500 millions Fcfa pour reloger les commerçants aux champs de courses et les conciliabules sont terminés. Il est temps de reconstruire un marché identique, attenant à un centre commercial aux normes, dit-il. Il devrait se faire accompagner dans l’opération par le Préfet de Dakar, mais aussi le maire de Dakar-Plateau dont l’intervention dans le dossier n’a pas fait que des heureux.

Le porte-parole des commerçants regrette que son organisation «And Taxawu» Sandaga n’ait pas été impliquée dans le processus. « Il n’y a pas eu d’inclusion. Nous ne sommes pas contre le projet, mais il y a un préalable. Le ministre doit s’y soumettre d’abord, nous impliquer. Si on nous avait consultés, on n’aurait pas dépensé 500 millions Fcfa pour nous reloger là où personne n’ira. On aurait trouvé un immeuble de 5 étages à Dakar avec cela », dit-il avant de rappeler que les commerçants ont déjà perdu des millions dans les incendies sans être indemnisés. « J’ai perdu plus de 80 millions Fcfa dans un incendie et personne ne m’a donné un seul franc. Si l’Etat veut nous reloger, il doit nous impliquer ».

Le ministre a sa feuille de route. Il parle de JOJ 2022, « on ne s’en émeut pas outre mesure », dit-il avant de dénoncer la modification du premier plan avec notamment un parking souterrain et un centre commercial pour 700 places alors qu’il était convenu de mettre un centre de plus de 1 000 places.

Le ministre Abdou Karim Fofana

Pour l’heure, le Khalife général des mourides s’est saisi du dossier pour jouer les médiateurs entre les commerçants et l’état. Espérons que tout se passera bien. Et gageons que toutes les personnes qui ont connu le marché Sandaga et qui y ont fait leurs courses des années durant, comme moi, écraseront une larme, quand le marché sera démoli, car c’est un pan de l’histoire de la capitale et de notre jeunesse qui disparait avec ce marché. Snif !

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