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RÉSEAU DE L’EMERGENCE OU RESEAU DU DÉSESPOIR ?

Les femmes de Saint-Louis annoncent qu’elles n’ont toujours pas reçu de l’argent depuis que le ministre délégué en charge de la Microfinance a promis dans la vieille ville une enveloppe de 600 millions de F Cfa. Dans le département de Pikine, des présidentes de groupements d’intérêts économiques pensent qu’elles ont été simplement zappées dans ce financement au profit des responsables politiques. Ces femmes commencent à s’inquiéter sur les vraies bénéficiaires du financement du réseau des femmes pour l’émergence (REFEME) annoncé en fanfare par le ministère de la Microfinance et de l’Economie solidaire.

Beaucoup de régions du Sénégal, Dakar, Fatick, Thiès, Diourbel, Saint-Louis… ont déjà reçu le ministre délégué en charge de la Microfinance et de l’Economie solidaire. Quand Moustapha Diop se déplace pour le financement du réseau des femmes pour l’émergence, une panoplie d’artistes est à ses côtés.

Presque par toutes les régions où il est passé, des artistes tels que Fatou Guéwel Diouf sont toujours présents pour assurer le show avant l’arrivée du maire de Louga. Aujourd’hui, des centaines de millions ont été déjà annoncés pour soutenir les femmes, pour leur faciliter l’accès au crédit qui, au Sénégal, constitue l’un des principaux défis au financement de l’entrepreneuriat féminin.

Par le financement du REFEME, le ministre en charge de la Microfinance veut « faire des femmes le fer de lance de l’émergence économique du Sénégal ». Dans toutes les villes où il est passé, Moustapha Diop a annoncé un financement à coup de millions de F Cfa pour le réseau des femmes pour l’émergence (REFEME).

A Thiès, les femmes ont reçu un financement de 600 millions de francs. Le même montant a été reçu par les femmes de Diourbel, de Louga, de Kolda et de Ziguinchor. La région de Dakar a eu la part belle avec une enveloppe de 1 milliard 500 millions de F Cfa. La raison : la région de Dakar est plus peuplée. Aujourd’hui, ce sont les régions de Kédougou, Tambacounda et Matam qui attendent le ministre Moustapha Diop et sa délégation.

Cependant, la répartition des sommes n’a pas fait que des heureux. Dans certaines régions, l’argent annoncé par le ministre n’a toujours pas été reçu, peste-t-on du côté de Saint-Louis. Les femmes de l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française attendent toujours. Un retard dans l’acquisition des fonds qu’elles déplorent.

À Pikine, on regrette aussi le même problème. Depuis que le réseau des femmes pour l’émergence a été lancé en janvier 2015 à Dakar, des GIE (groupements d’intérêts économiques) attendent leur financement. Las de ne rien voir, elles commencent à s’inquiéter. Une femme qui s’est confiée à EnQuête, dans l’anonymat, soutient qu’elle est à la tête d’une GIE qui fédère 64 groupements avec plus de 1 460 femmes. Mais depuis janvier 2015, elle attend avec ses groupements un financement pour démarrer ses activités. Aujourd’hui, elle n’a plus espoir que ses groupements perçoivent leur part du financement. Toutefois, notre interlocutrice craint une « politisation » dans la répartition des fonds.

« Toutes les responsables de l’Apr qui ont leurs groupements ont reçu leur financement. Mais les femmes au développement n’ont toujours rien reçu et pourtant, elles sont plus nombreuses », déplore-t-elle. Ayant attendu pendant des mois sans voir l’ombre des responsables du ministre de la microfinance, elle a été obligée de se retourner vers le Crédit mutuel du Sénégal (CMS) où elle a reçu un financement de 25 millions de F Cfa pour 200 femmes. Même si cette somme reste insuffisante, elle permet à ces dames du département de Pikine de mener leurs activités génératrices de revenus.

Par ailleurs, notre interlocutrice juge le taux d’intérêt dans les banques classiques très élevé comparé au taux qu’applique le ministre en charge de la Microfinance dans le cadre du réseau des femmes pour l’émergence. C’est pourquoi elle lance un énième appel au ministre Moustapha Diop. « Lors du lancement du réseau, j’ai fait le déplacement avec toutes les femmes. J’ai déposé tous les dossiers demandés mais jusqu’à présent, on est là. Chaque jour, quand je sors, une femme m’interpelle pour me demander si on a reçu quelque chose« , souligne-t-elle.

Déception et amertume 

Par ailleurs, si notre première interlocutrice a souhaité garder à l’anonymat, ce n’est pas le cas de la dame Fatou Kiné Sow. Formatrice, elle partage son amertume à visage découvert. Car pour elle, si le ministre pense qu’il peut les tromper pour se faire une bonne promotion politique, elles l’attendent de pied ferme. Fatou Kiné Sow qui habite Pikine Ouest a, avec elle, 10 groupements féminins. Elle forme ces femmes dans le jardinage, la fabrication de savons.

Selon Mme Sow, les femmes avaient un grand espoir après l’annonce de ce financement. Mais que nenni, car rares sont les groupements dans le département de Pikine à avoir reçu leur argent, poursuit-elle. Aujourd’hui, elle ne veut plus sortir et faire face aux femmes. Après ce « flop » dans le financement, Madame Sow a trouvé une alternative :

Tous les mercredis, elles cotisent chacune 500 F. L’argent ramassé leur permet d’avoir un fonds de caisse. Avec l’approche de la fête de la tabaski, ces femmes ont, d’après toujours Mme Sow, acheté de l’oignon, de la pomme de terre qu’elles ont stockés. A partir de cette semaine, dit-elle, elles vont tout mettre sur le marché pour espérer faire quelques bénéfices.

La déception de Fatou Kiné Sow est d’autant plus grande qu’elle a appris un financement de 150 millions de F Cfa pour les femmes du marché central aux poissons. « A Pikine, les femmes veulent travailler mais elles n’ont pas les moyens de leurs ambitions. Si on veut atteindre l’émergence, ce sera avec les femmes. Donc toutes les femmes doivent recevoir leur financement sans discrimination« , peste-t-elle. Astou Niasse est aussi une présidente de GIE à Dakar. Elle attend toujours le financement annoncé à grande pompe par le ministre de l’Economie solidaire, Moustapha Diop.

À Kolda, les 600 millions annoncés ont entraîné une guéguerre au sein des femmes. L’affaire a pris même une tournure politique avec les femmes du parti au pouvoir ; l’Alliance pour la République (Apr). Deux camps ; celui du maire de Kolda par ailleurs ministre de l’Environnement et du Développement durable Abdoulaye Baldé et l’autre camp, celui du Directeur général de l’Office national de la formation professionnelle (ONFP), Sanoussi Diakité, se disputent les financements. La tranche des femmes derrière le Directeur de l’ONFP accuse Abdoulaye Baldé et son camp de faire une répartition sur une base partisane. S’y ajoute que le jour de la cérémonie de lancement du réseau dans le Fouladou, le 5 mars dernier, des femmes venues des villages lointains avaient contracté des dettes car pensant repartir le même jour avec les financements promis. Une situation qui avait fait sortir de ses gonds l’ancien maire libéral Bécaye Diop. Ce dernier qui avait hébergé chez lui beaucoup de femmes avant de leur donner le billet du retour, n’avait pas manqué de dénoncer la mauvaise « communication » faite autour des financements du Refeme.

RÉACTION D’UN FONCTIONNAIRE DU MINISTÈRE DE LA MICROFINANCE

« C’est un coup d’essai et tout se passe comme prévu »

Après plusieurs tentatives, difficile d’avoir la réaction du ministère de la Microfinance et de l’Economie solidaire. Personne ne peut parler de la question à part le ministre Moustapha Diop, nous a-t-on soufflé en premier. Ensuite, un autre interlocuteur est prêt à expliquer, mais dans l’anonymat. Pour lui, aucun problème n’a été encore décelé dans le financement du réseau des femmes pour l’émergence. Tout se passe comme prévu, dit-il, mais tout le monde ne peut pas percevoir en même temps car ce n’est pas de l’argent que le ministère a dans une valise qu’il distribue à chaque fois qu’il se déplace. « Nous sommes dans une phase test, à notre premier coup, mais je peux t’assurer qu’il n’y a aucune coloration politique dans la répartition des fonds. Si les femmes qui ont déjà perçu remboursent, on va financer d’autres, ainsi de suite« , explique notre interlocuteur. Ce dernier renchérit qu’il y a aussi des critères préalables que chaque groupement doit remplir avant de bénéficier d’un financement. « Est-ce qu’il doit de l’argent à des banques, à l’État ? Est-ce qu’il est solvable ? Tout cela est pris en compte avant le décaissement », ajoute-t-il.

Pour les femmes de la région de Saint-Louis qui s’impatientent, notre interlocuteur rassure : « Elles vont recevoir leur financement dans les meilleurs délais. Dakar est resté plus de 6 mois après le lancement avant de percevoir. Toutes les régions vont percevoir. » D’après toujours notre informateur, le ministre Moustapha Diop est en train de faire son travail en sillonnant toutes les régions du pays. Le financement va faciliter le travail des femmes parce qu’il est sans « garantie » et sans « apport » avec un taux d’intérêt de 5%. « C’est des efforts. Si on réussit ce test, on va passer à une seconde chance« , conclut-il.

Source : L’Enquete

Photos : Leral.net

 

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