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Qui est Dioully Oumar Diallo, celle qui arme les mauritaniennes contre les agresseurs ?

Femme et musulmane dans une république islamique, rien n’était gagné d’avance pour Dioully Oumar Diallo. Pourtant la jeune femme entend que les femmes soient « actrices de leur propre sécurité ». Après avoir décroché à Dakar un diplôme d’ingénieur en télécommunications, Dioully rentre en Mauritanie.

A son retour en 2013, son pays connaît alors un climat particulièrement lourd, après une série d’enlèvements suivis de viols, de tortures et de meurtres, se souvient cette femme de 38 ans. « J’avais des petites sœurs qui allaient à l’école, je m’inquiétais, ma mère s’inquiétait… Il fallait que je réagisse« , dit-elle à l’AFP, à quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes.

Pour rendre sûres les courses en taxi, elle lance alors une application, puis développe des formations d’autodéfense pour les femmes, malgré les pesanteurs de la très conservatrice société mauritanienne.

En 2015, elle crée Taxi Secure. Cette application gratuite pour smartphone permet d’identifier le taxi grâce à sa plaque d’immatriculation, « d’envoyer un message d’alerte si jamais on sent que le taximan veut nous amener à une autre destination » et de géolocaliser le véhicule, explique-t-elle. Mais elle se rend compte des limites de Taxi Secure : tout le monde ne dispose pas d’un smartphone connecté.

Femmes mauritaniennes dans la rue

Elle se lance alors dans un nouveau projet, « Rim Self Défense« . L’idée est de dispenser aux femmes et jeunes filles des formations pour faire face à des agresseurs sexuels. « Il fallait donner aux femmes la possibilité d’être actrices de leur propre sécurité, de s’extraire elles-mêmes des griffes des prédateurs et non d’attendre, souvent en vain, le sauvetage d’un passant« , résume-t-elle. Elle se rapproche donc des salles où sont enseignés le karaté, le judo, le kungfu ou le jujitsu. Mais l’idée que des hommes apprennent les arts martiaux à des femmes passe difficilement dans cette république islamique. L’association se tourne alors vers les rares pratiquantes d’un sport de combat et les forme à transmettre leurs techniques à d’autres femmes.

Finalement, les salles d’entraînement deviennent des espaces d’échange et de sensibilisation sur les questions du mariage précoce et des mutilations génitales, explique Dioully Oumar Diallo, qui milite pour que « cesse l’impunité dont bénéficient les agresseurs sexuels » en Mauritanie. Mais un projet de loi sur les violences basées sur le genre, aggravant les peines pour viol et pénalisant le harcèlement sexuel, a été rejeté en 2017 et 2018 par le Parlement. Les députés ont renâclé sur le concept de « genre », valeur étrangère à la Mauritanie, selon eux, sur le droit de voyager sans autorisation du mari, ou sur la faculté des organisations d’aide aux victimes à se constituer parties civiles.

Il faut savoir qu’en Mauritanie, les femmes qui portent plainte pour viol et ne peuvent prouver l’absence de consentement sont poursuivies pour « relations sexuelles hors mariage » ou zina. L’ONG Human Rights Watch rapporte que celles qui ont dénoncé un viol, ont été elles-mêmes poursuivies pour zina après avoir signalé leur agression à la police. Celles auxquelles le tribunal avait accordé la liberté provisoire avant le procès « ont été obligées de pointer chaque semaine dans un commissariat », fustige HRW. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle peu de victimes d’agressions sexuelles osent s’exprimer ou porter plainte.

Cependant Dioully Oumar Diallo ne se décourage pas, ses initiatives ont attiré l’attention des organisateurs des « Arabofolies », un festival organisé par l’Institut du Monde Arabe à Paris, qui l’ont invitée à venir partager son expérience.

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