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Quelles solutions alternatives pour la gestion des déchets plastiques au Sénégal ?

Quelles solutions alternatives pour la gestion des déchets plastiques au Sénégal ?

Trois décennies auront suffi à faire du sac plastique, merveille technologique capable de supporter une charge deux mille fois supérieure à son poids, le symbole des inconséquences et de l’empreinte écologique de nos modes de consommation. Le problème de la gestion des déchets plastiques est un phénomène qui ne semble pas avoir touché la conscience des populations locales. La perception du problème n’est pas toujours évidente et la recherche de solution alternative doit tenir compte de cela et intégrer aussi bien les populations, les industriels, que l’administration étatique et communale.

Trois chiffres clés devraient toujours venir à l’esprit quand on utilise un sac en plastique, 1 seconde de fabrication, 20 minutes d’utilisation, 400 ans pour être désagrégé…  Son cycle de vie est une question centrale dans la lutte pour un environnement meilleur. Les déchets plastiques gangrènent la nature. Pour tenter d’enrayer ce fléau qui pollue les paysages et les océans, le Sénégal emboitant le pas à la Mauritanie et le Mali, a pris une mesure révolutionnaire en faveur de l’environnement ! Les députés ont enfin prohibé, l’utilisation du jetable, en adoptant à la majorité absolue le projet de loi relatif à l’interdiction de la production, l’importation, la détention, la distribution et l’utilisation des sachets plastiques de faible micronnage ou faible épaisseur.

Cela paraît incroyable mais les ménages sénégalais utilisent chaque jour 5 millions de sachets plastiques,  pour  des dépenses à l’importation de plus de 5 milliards Fcfa, rien qu’entre 2010 et 2013, représentant 5 553 tonnes de plastiques, a révélé  le Ministre de l’environnement, M.  Abdoulaye Baldé.

Ces produits concernent des sacs, sachets, pochettes et cornets en polymères, de l’éthylène et autres matières plastiques et représentent selon les données fournies par l’entente Cadak-Car, environ 9% des déchets collectés chaque année dans la capitale sénégalaise, soit 32.486 tonnes. Véritable calamité écologique ! Toutefois les sachets visés par l’interdiction sont essentiellement ceux qui sont importés et la loi écarte toute entrave aux activités des industriels du plastique, puisqu’elle n’interdit que les sachets plastiques de faible épaisseur.

Une autre voie que l’interdiction, celle du recyclage

Dans le village de Ouakam, à Dakar, nous avons eu l’opportunité de rencontrer un groupement féminin qui s’intéresse particulièrement à la récupération de sachets plastiques usés. Le groupe constitué d’une centaine de femmes a été créé sous l’initiative d’une femme belge au mois d’Octobre 1995. Cette femme a assuré l’encadrement du groupe sur la récupération et le recyclage des sachets plastiques.

Les femmes du groupement ramassent les sachets plastiques jetés dans la nature, les nettoient au savon et à l’eau de Javel, avant de les découper en bandes. Les sachets de taille moyenne d’une valeur marchande de 15 F CFA par exemple, sont découpés en 4 dans le sens de la longueur. Les bandes obtenues sont récupérées en pelote et serviront à la confection d’articles d’art. La technique utilisée est la pratique du tricotage à l’aide de simples crochets à tricoter, les pelotes de plastiques servant de fil en quelque sorte.

Elles arrivent ainsi à confectionner des nattes, des tableaux, des pochettes, des sacs, des chaussures, des ballons, des poupées, des chaises…. La création des modèles est entièrement laissée à l’initiative des femmes.

Notons que les sachets de petites tailles qui proviennent des activités de ramassage ainsi que les résidus du découpage en bande des sachets de moyenne et grande taille (qui ne peuvent pas être utilisés pour le tricotage) servent tout simplement au bourrage des ballons et poupées par exemple.

Les sachets les plus épais sont surtout utilisés pour la confection de chaussures toujours par la technique du tricotage. Les produits ainsi confectionnés sont exposés occasionnellement et vendus. Le produit de la vente est en partie (30 %) partagé entre les femmes et le reste est placé dans un compte bancaire.

L’objectif de l’ouverture de ce compte est de pouvoir disposer de plus de moyens financiers pour élargir plus tard leurs activités (confection de poupées à partir de textile récupéré, …).

Le groupement féminin ne reçoit aucune rémunération mensuelle; Seules les ventes occasionnelles constituent en partie une source de revenus. Notons qu’au niveau du groupement, bien qu’il ait une responsable, toutes les femmes s’occupent en même temps du ramassage, du nettoyage, du découpage, du tricotage et de l’encadrement d’autres femmes.

Un autre groupement de ce genre existe à Guédiawaye et dans d’autres quartiers de la banlieue.

Promouvoir une politique générale de réduction des déchets

Ces organisations prouvent que l’initiative et la responsabilisation de la population sont des facteurs à prendre en compte et à intégrer dans la recherche de solutions durables. Il  suffit de promouvoir une éducation à l’environnement par exemple d’éviter les « :rejets de sachets plastiques dans la nature par la population. Il convient alors d’orienter les populations vers des poubelles (qui seront déposées à différents points de la ville) et de leur faire comprendre que ce sont des biens publics à respecter et qu’il y va de leur intérêt.

Il s’avère aussi important d’encourager les initiatives populaires, les pratiques populaires de récupération de sachets plastiques. Il en est de même pour les pratiques domestiques de réemploi et de réutilisation.

La collaboration des producteurs industriels d’articles plastiques est aussi nécessaire. Etant donné que le plastique ne sera pas éternellement recyclé, il serait intéressant d’encourager la recherche en faveur de I’utilisation du plastique naturellement dégradable et adapté aux conditions de vie et aux besoins de la population.

 

Crédit photo: www.stagesenegal2013.blogspot.com

About Khady Gadiaga

Khady GADIAGA est diplômée en Marketing Stratégique et Communication Organisationnelle de Liverpool Polytechnic Business School (Royaume Uni). Elle est également titulaire d’un Master 2 en gestion de projet de Kassel Hochschule en Allemagne et d’une licence en langues étrangères appliquées (anglais /allemand). Ayant capitalisé vingt ans d’expérience professionnelle, elle a piloté le marketing et la communication institutionnelle de plusieurs entreprises des secteurs privé et public au Sénégal et à l’étranger. Elle dispose également de plusieurs années d'expérience professionnelle pertinente dans l'élaboration et la mise en œuvre de politiques, programmes et projets liés au genre, qu’elle a eu à mettre au service de plusieurs organisations non gouvernementales. Khady GADIAGA est également connue dans la communication d’événements culturels d’envergure nationale et internationale (Dak’Art, FESMAN, AGFA, etc).

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