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Portrait : Katherine Johnson l’africaine américaine qui a calculé la trajectoire d’Appolo 11 vers la lune

Si vous avez vu le film Les figures de l’ombre, sorti en France le 8 mars dernier, vous avez sûrement été marqué par le personnage de Katherine alias Katherine Johnson. Sans cette afro-américaine surdouée en mathématiques, les Russes auraient peut-être gagné la course à l’espace face aux Américains. Nous vous proposons de retracer le destin exceptionnel de cette pionnière de la conquête spatiale et des droits civils.
Ses années de formation

Katherine Johnson (née Katherine Coleman) est originaire de White Sulphur Springs, dans le comté de Greendrier en Virginie-Occidentale. Elle est née en 1918 et était la cadette de quatre enfants. Ses parents, Joylette et Joshua, étaient institutrice et fermier.

Katherine fait preuve très rapidement d’une intelligence exceptionnelle et se montre en particulier douée pour les mathématiques. En pleine ségrégation, elle fréquente des écoles réservées aux élèves noirs et le comté dont elle dépend ne propose pas d’éducation aux enfants noirs au-delà de neuf ou dix ans. Les Coleman décident donc de déménager à près de 200 km du domicile familial et d’envoyer leurs enfants à Institute, dans le comté de Kanawha, dans un lycée réservé aux élèves noirs.

Katherine y obtient son diplôme (équivalent du baccalauréat) à quatorze ans, avant de se rendre à l’Université d’État de Virginie-Occidentale. Elle y suit tous les cours de mathématiques qu’elle peut et l’un de ses professeurs, William Claytor (un des premiers Afro-américains à obtenir une thèse en mathématiques) crée même de nouveaux cours spécialement pour elle.

Katherine obtient ses diplômes en mathématiques et en français summa cum laude (avec la plus haute distinction) à l’âge de 18 ans.

De l’enseignement à la NASA

Katherine à la NASA sera surnommée ordinateur humain

Après ses études, Katherine s’installe à Marion, en Virginie, pour enseigner les mathématiques, le français et la musique dans une école publique. Mais elle abandonne vite cette carrière d’enseignante pour fonder une famille. Elle se marie avec James Goble, avec qui elle a trois filles. Son premier mari décède en 1956. Trois ans plus tôt, en 1953, Katherine s’était lancée dans une nouvelle carrière au National Advisory Committee for Aeronautics ou NACA, la future NASA !

Elle avait en effet appris que, malgré les lois ségrégationnistes, cette agence fédérale cherchait des femmes afro-américaines mathématiciennes et physiciennes pour son département de navigation astronomique. A l’époque, les employés noirs travaillent à l’écart, dans une aile du bâtiment qui leur est réservée. Au début, Katherine travaille dans un groupe de femmes noires affecté aux calculs mathématiques. Elle devient l’une de celles qu’elle surnomme « des ordinateurs en jupes ».

Mais sa maîtrise des chiffres est telle qu’elle rejoint le groupe d’ingénieurs chargé d’envoyer le premier Américain dans l’espace. Les barrières de race et de genre étaient toujours présentes, mais Katherine dit les avoir ignorées. Elle demandait à participer aux réunions où aucune femme n’avait encore été admise, en disant simplement aux gens qu’elle avait fait le travail et mérité sa place.

Sa contribution à la conquête spatiale

Après avoir travaillé sur l’aérodynamisme des avions jusqu’en 1958, Katherine Johnson a occupé pendant 25 ans un poste d’ingénieure aérospatiale à la NASA. En pleine guerre froide, elle a contribué à rattraper l’URSS dans « la course aux étoiles » :

=> en 1959, c’est elle qui calcule la trajectoire du vol spatial d’Alan Shepard, le premier Américain envoyé dans l’espace lors du programme Mercury

=> elle calcule aussi la fenêtre de lancement (c’est-à-dire la période optimale pour le lancement d’une fusée) de cette mission

=> en 1962, alors que la NASA utilise pour la première fois des ordinateurs pour le calcul d’une orbite autour de la Terre, l’agence demande à Katherine de vérifier les résultats

=> par la suite, elle travaille avec des ordinateurs et en 1969, elle calcule la trajectoire de la mission Apollo 11 vers la Lune

=> elle participe également à la mission Apollo 13 et, lors de son échec, elle aide au retour de l’équipage sur Terre en travaillant sur des procédures et des cartes.

Au cours de sa carrière, elle a également travaillé sur le programme de Space Shuttle (la navette spatiale) et sur des plans pour une mission sur Mars. Son rôle, longtemps méconnu, a été révélé au public par le livre « Les figures de l’ombre » (Hidden Figures en VO), écrit par Margot Lee Shetterly et publié en septembre 2016.

Ce roman retrace l’histoire vraie de trois femmes afro-américaines qui ont largement contribué à l’envoi du premier Américain dans l’espace : Katherine Johnson, mais aussi Mary Jackson et Dorothy Vaughan. Ce livre a été adapté au cinéma en 2017 sous le titre « Les Figures de l’ombre » et Katherine y est incarnée par l’actrice Taraji P. Henson. Le film a été récompensé en tant que meilleur film à la cérémonie des SAG (Screen Actors Guild) Awards 2017.

Décorée par le Président Obama

Pour l’ensemble de sa carrière et son rôle de pionnière dans le domaine de l’astrophysique, Katherine G. Johnson a reçu en 2015 la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute décoration civile des États-Unis, des mains du président Barack Obama

En mai 2016, à l’occasion du 55e anniversaire du premier vol américain dans l’espace, la NASA a donné le nom de Katherine Johnson à l’un de ses centres de recherches. Enfin !

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