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Ndeye Fatou DIOP : une sénégalaise au cœur de la politique en France !

Quand on la voit, souriante, douce et un peu chétive, nonchalante dans son boubou en soie léger, on se demande vraiment si on a affaire à l’adjointe au maire de Mérignac, la 3eme plus grande ville d’aquitaine ! Déléguée à la diversité, à la lutte contre les discriminations et à la coopération décentralisée, voilà son titre ! Comment cette petite dakaroise pure souche, ancienne du lycée Kennedy a accompli ce si long parcours ? Nous l’avons rencontrée à Dakar pour qu’elle nous fasse part de son itinéraire mais aussi qu’elle se prononce sur la place des femmes en politique, des étrangers en France et enfin de la coopération décentralisée entre sa ville Mérignac et la ville de Kaolack.

Ndeye Fatou Diop 1Elle est arrivée en France un matin d’hiver en 1988, pour suivre son mari et poursuivre ses études de droit qu’elle avait commencées à L’Ucad après son bac.  Maladive, enceinte, elle accouchera le lendemain de son arrivée d’un garçon prématuré. La galère commence alors pour cette jeune dakaroise qui n’avait jamais mis pied à l’étranger. Oublier la poursuite des études, s’acclimater, prendre soin du bébé et gérer la maison voilà ce que deviennent ses priorités. Cela durera un an. En 1989, Fatou Diop s’inscrit quand même à l’université mais elle ne pourra pas suivre alors, elle va accomplir un BTS en burotique à l’institut d’aquitaine, ce qui lui permettra de travailler rapidement. En 1991, elle intègre le grand groupe DARTY comme assistante mais comme elle a un bon capital relationnel, elle évolue très vite comme chargée de clientèle, avant de finir par être la responsable du service clientèle de tous les magasins d’aquitaine. Elle occupera ce poste pendant 14 ans ! Bien sûr, elle finit par plafonner. Pour évoluer, il fallait quitter Bordeaux, ce qu’elle refusa de faire ; d’où l’acceptation d’un départ négocié qui lui vaudra un joli pactole.

Il faut dire que Ndeye Fatou avait attrapé le virus de la politique dès son arrivée à Bordeaux. En effet, elle s’est engagée dès 1992 en politique après avoir été sympathisante du PS français. « J’étais fan de Mitterrand, je militais activement dans ma région, j’étais déléguée syndicale CGT dans ma boîte car j’ai toujours eu comme ambition d’être au service des autres » nous explique elle. Cette fille qui a tout compris très tôt,  ajoute que « pour elle, il n’était pas question de verser dans l’assistanat. Les étrangers devaient prendre en main leur sort ! »

Acceptée ni par les blancs ni par les africains !

Ndeye Fatou DiopC’est au prix de rudes batailles électorales, faites de visites de proximité, de porte à porte, de rencontres et d’échanges et d’interminables réunions qu’elle finira par être élue pour un premier mandat en 2008. Celle qui a toujours habité Mérignac, a su défendre les atouts de sa ville : 3eme plus importante ville de l’agglomération, qui abrite les usines DASSAULT, THALES, COFINOGA avec 4500 entreprises et plus de 50000 emplois. Elle est impliquée dans tous les grands projets de la ville. Elle a usé de sa bonne humeur, de sa connaissance du terrain et de son approche sociale facile pour conquérir le cœur de ses concitoyens. En plus de cela, elle s’entendait très bien avec son patron, le maire de la ville, le très aimé Michel sainte Marie que les mérignaquais garderont  Maire pendant 40 ans et député pendant 36 ans !   Malgré le fait  d’avoir tous ces atouts favorables, Ndeye Fatou se rendra bien compte qu’elle n’est pas vraiment acceptée. « C’est dur de s’affirmer en politique quand on est étrangère en France, les blancs t’acceptent malgré eux et les noirs  te jalousent et souhaitent que tu te casses la figure ! » « Je me sens parfois bien seule » dit-elle quand elle pense à l’hypocrisie des uns et des autres. Et pourtant, en tant qu’adjointe chargée de la diversité, première  élue noire, elle avoue faire très attention aux étrangers, même aux sénégalais : crèche, logement, emplois, elle les aide tout le temps, chaque fois qu’elle le peut mais elle n’arrivait pas à les empêcher de la voir rien que comme « la chouchou du maire », méconnaissant ainsi tous ses mérites !

Proche de ses administrés, le maire appréciait le franc parlé de Fatou Diop. Elle lui disait les choses telles qu’elles se présentaient et s’interdisait  toute attitude de « cirage de bottes » avec son supérieur. Ce qui n’était pas le cas de bien d’autres adjoints ou conseillers.

Juppé la garde au grand dam de tous !
Avec M. François Hollande, Président de la République Française

Avec M. François Hollande, Président de la République Française

Cette attitude de loyauté envers le Maire, Ndeye Fatou la gardera même quand Sainte Marie quitte ses fonctions en démissionnant laissant la place à un sénateur. La nouvelle configuration institutionnelle donne une nouvelle appellation à la région devenue Bordeaux Métropole ; elle compte 28 communes et bascule, en faveur des dernières élections, dans le giron libéral avec Alain Juppé comme Président. Vu que Ndeye Fatou est socialiste et que pendant 7ans, elle  a travaillé dans le cabinet de l’ancien Président de Bordeaux  Vincent Feltesse,  comme chargée de son protocole et de son agenda, tout le monde s’attendait à ce que le nouveau président Juppé, qui n’est pas du même bord politique qu’elle, applique la chasse aux sorcières. Il s’y refusera et la nommera même au poste qu’elle a souhaité de chargée de l’emploi et du suivi des personnes issues de l’immigration ! « J’étais quand même un cadre élu, il me connaissait mais il se doit, au regard de ses ambitions futures, de se donner une bonne image d’homme politique pas rancunier, juste et équitable. » nous dit-elle. Il faut dire aussi que son ancien patron devenu maintenant le conseiller en communication du président Hollande à l’Elysée, l’avait fortement recommandée !

Avec M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères

Avec M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères

Cette nouvelle promotion de Fatou Diop stupéfait aussi bien les socialistes que les membres de l’UMP. La dame ne s’en fait pas, elle va intégrer la région sur le plan politique bientôt et gère tranquillement son 2ème mandat d’élue qui court jusqu’en 2020.

Le jumelage avec Kaolack : un casse tête chinois !

Depuis 1982, les villes de Mérignac et de Kaolack sont jumelées. Selon l’ancien maire, Michel Sainte Marie, « c’est feu le président  Senghor qui avait joué les entremetteurs pour son neveu Diène Bacar Guèye, à l’époque maire de Kaolack, pour lui trouver une ville jumelle en France. » Les partenaires français ont énormément fait pour la ville et pour sa région. Les îles du Saloum Niodior et Dionwar  reçoivent chaque année des lots de moustiquaires imprégnés pour lutter contre le paludisme en plus des activités sociales qui y sont régulièrement organisées. Toutes les cases de santé y ont été dotées de lits sanitaires. De la salle informatique du lycée de Kaolack à l’aménagement de l’hôpital I. Niasse bénéficiant d’un lot important de matériel médical en passant par le convoyage de containers de matériels destinés aux groupements féminins comme des machines à coudre ou encore la mise à disposition de nouvelles bennes à ordures pour la ville, tout y passe.

Avec  M. Moustapha Niasse, Président de l'Assemblée nationale

Avec M. Moustapha Niasse, Président de l’Assemblée nationale

Pendant toutes ces années, Ndeye Fatou est au cœur de cette coopération. Mais, elle estime qu’aujourd’hui, ils n’ont pas beaucoup de répondants de la part des sénégalais. « Avec tous ces maires qui se sont succédés à Kaolack, je peux vous dire que c’est difficile de maintenir la coopération. Le meilleur allié que nous avons eu fut le maire Daouda Faye.  Madieyna Diouf a un peu suivi les projets notamment avec l’AIMF mais avec l’actuel édile de la ville, le ministre de la famille Mariama Sarr, c’est le découragement  total ! Aucun suivi ! Elle fait plus focus sur son ministère que sur sa mairie ; ce qui me fonde à penser qu’il faut bien que le non cumul soit discuté ici au Sénégal. »

C’est une question d’organisation explique elle, il faut bien déléguer et se faire entourer de bons adjoints. Elle donne l’exemple d’Alain Juppé qui cumulait à un moment le poste de premier ministre et de maire mais il avait des adjoints très pragmatiques et ses assistants de Bordeaux et du Matignon travaillaient ensemble, son agenda était géré à la seconde !

En France, le mandat municipal est un travail au quotidien sinon on se fait retirer sa délégation.

En 2006, dans le cadre du comité de jumelage, Ndeye Fatou constate que la douane sénégalaise a saisi le container qu’ils avaient envoyé et a tout vendu pour cause de laxisme de la partie kaolackoise qui n’a pas traité les documents à temps. En 2010, 2011, avec le concours de l’AIMF, sa ville développe un projet de 100 000 euros pour mettre des bornes fontaines dans tous les quartiers de Kaolack. Pour 600 000 euros, ils vont réhabiliter quatorze des dix huit centres de santé de la ville ; les quatre restants étant pris en charge par la coopération belge. Enfin, à la demande du Khalife de Madina Baye, les français vont financer pour un projet de 600 000 euros un nouveau centre de santé tout équipé en matériel moderne dans la capitale religieuse de vingt mille habitants.

Or, malgré tous ces efforts, l’adjointe au maire est au regret de constater, au gré des visites de terrain, que le suivi des projets n’est pas assuré : des maternités réhabilitées ne sont toujours pas fonctionnelles faute de sage femme affectée, des bennes à ordures finissent en pièces détachées, l’entretien et la propreté du dispensaire de ndangane abattoir laissent à désirer alors que ce lieu avait été réfectionné à coups de millions sans compter la gestion approximative des bornes fontaines. « Tout cela me fragilise au sein de ma mairie ; pourtant j’essaye de défendre cette coopération avec Kaolack pour le bien des populations mais je n’ai pas beaucoup d’aide de la part des sénégalais. » C’est le cœur gros, qu’elle fait part de sa détresse, « comment organiser la visite du nouveau maire de Mérignac au Sénégal si je n’ai pas de bons répondants ? »

L’argent trop présent dans la politique au Sénégal

Alors pour ce qui est des perspectives de retour, l’adjointe au maire y pense de plus en plus, pour se rapprocher de ses parents vieillissants, étant l’ainée d’une famille de quatre enfants qui vivent tous en Europe. Mais elle n’aime pas la manière de faire la politique au Sénégal : trop sale ! L’argent est au centre de tout. Les gens ne vous laissent pas travailler et pourtant elle a tant à partager. Elle suit cependant d’un œil averti les joutes politiques au Sénégal « on reste citoyen sénégalais, on y vote et on y paye des impôts donc, on a notre mot à dire » tonne Ndeye Fatou Diop.

Il ne serait donc pas étonnant de retrouver un jour cette bordelaise de cœur, qui a la politique dans la peau, dans le landerneau politique sénégalais.

Toujours pour être au service des autres.

 

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