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Il tire sa reverence sur scene : l’adieu en direct de Papa Wemba

Le chanteur congolais (RDC), Papa Wemba, est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à Abidjan. Alors qu’il donnait un concert, il s’est écroulé sur scène.

Sur la vidéo qui circule sur Internet, Papa Wemba s’écroule en plein concert. Les danseuses continuent leurs déhanchements, comme si de rien n’était. Aussitôt, l’une des filles se précipite vers le chanteur, inerte. L’on tente de le soulever, l’orchestre arrête de jouer, l’on aperçoit un membre de la Croix rouge ivoirienne qui se fraye un passage pour voir l’état de santé du chanteur. Il tâte son pouls, on le soulève ensuite pour tenter de l’évacuer à l’hôpital. Mais la grande faucheuse en a décidé autrement. Papa Wemba est mort.

A Abidjan, c’est finalement au bord de l’Océan Atlantique que Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba, a poussé dimanche, son dernier souffle dans un micro. Une ville pour laquelle il n’a jamais boudé son plaisir lorsqu’il devait s’y rendre. Et où il avait récemment adopté la jeune rappeuse ivoirienne, Nash, pour un featuring sur le titre «Sapologie», très apprécié en Côte d’Ivoire.

Invité du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), fondé par le groupe ivoirien Magic System, l’artiste congolais avait une nouvelle fois effectué le déplacement de la capitale économique ivoirienne pour deux prestations. La première, qu’il n’achèvera jamais, à Abidjan et la seconde à Korhogo (nord du pays), une étape annulée par les organisateurs.

Pape de la Sape

«C’est avec une profonde tristesse que je vous annonce le décès de l’artiste congolais Papa Wemba, survenu à la suite d’un malaise. Au vu des événements, le concert de clôture prévu à Korhogo est annulé», a brièvement annoncé aux journalistes le Commissaire général du Festival, Salif Traoré dit A’salfo, la voie nouée par l’émotion. Il avait à ses côtés le ministre ivoirien de la Culture et de la Francophonie, Maurice Bandaman, venu exprimer sa« solidarité à la famille de la musique africaine.»

Né en 1949 en République démocratique du Congo, Papa Wemba a dépoussiéré la rumba congolaise, musique très populaire dans les années 1950, en y ajoutant notamment des instruments électriques. Ses tubes : AnalengoMaria Valencia ou encore Yolele,  ont largement dépassé le continent africain, faisant du musicien l’un des ambassadeurs de la «world music». Un statut largement renforcé par sa signature au début des années 1990, sur le label de Peter Gabriel, Realworld.

Papa Wemba est aussi le créateur et le «pape» du mouvement de la SAPE, société des «ambianceurs» et des personnes élégantes à la fin des années 1970, mouvement de dandys fondé sur une élégance flamboyante et exagérée, qui s’est répandu dans la diaspora congolaise et dans le monde entier.

L’hommage des Ivoiriens

Dimanche, les Ivoiriens s’étaient réveillés avec la rumeur de sa disparition. Certains croyaient même au dernier «poisson d’avril» de l’année. Mais à la mi-journée, la confirmation de la mort du «roi de la rumba» avait provoqué une onde de choc.

«Je n’en reviens pas encore, confie abattu, Firmin Kouakou, entrepreneur à Marcory (sud-est d’Abidjan). Depuis mon jeune âge, j’ai empilé tous les tubes de Papa Wemba. Aucun de ses albums ne manque à ma discothèque», indique-t-il, avant de se consoler en écoutant un tube des années 70 du groupe Zaiko Langa-Langa, au sein duquel le défunt artiste avait fait ses débuts.

Au «Mille maquis» de Marcory, zone d’une dizaine de gargotes située à une centaine de mètres du lieu du drame, la mort de Papa Wemba était sur toutes les lèvres. Les gérants, eux, ont choisi, à la demande des clients, de distiller les tubes de l’artiste. « C’est notre façon de lui rendre un hommage. Car il a bercé notre enfance, entretenu notre jeunesse et guidé nos espérances. C’était un monument de la musique africaine», confie, la mine grave, Laurent, 56 ans, fonctionnaire.

«C’était un grand chevalier des arts et des lettres. Il me demandait, il y a deux jours : “Pourquoi voulez-vous que je prenne ma retraite ? C’est ma vie, ma passion.” Pour lui, on pourrait se consoler de ce départ sur scène. Mais pour nous, je ne pense pas que cela soit aussi simple que cela», témoigne Claudy Siar, animateur.

Selon lui, «le roi de la rumba» avait souhaité faire sa prestation beaucoup plus tôt. « Mais je lui ai dit que c’est l’apanage des plus grands de monter sur scène en dernier. C’est lui qui doit clore la cérémonie pour donner à nouveau une impulsion à la jeunesse, soutient M. Siar. Ses chansons sont éternelles. Il a signé des chansons cultes. De génération en génération, on aime et on aimera ce Papa Wemba.»

L’OBS

 

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