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Faidherbe n’est plus à Saint-Louis…

Plusieurs appels au déboulonnement de la statue du gouverneur Faidherbe ont été lancés, souvent par des personnes qui ne connaissent pas Saint-Louis, parce que vivant dans le virtuel. La statue de Faidherbe a bien été déboulonnée, et cela bien avant la vague qui vient de traverser les océans.

De la mort atroce de Georges Floyd est née une vague d’indignation planétaire. Effet des réseaux sociaux, plusieurs villes et universités ont déboulonné statues et monuments, symboles d’une histoire souvent malheureuse. Dans ce tourbillon, plusieurs appels au déboulonnement de la statue du gouverneur Faidherbe ont été lancés, souvent par des personnes qui ne connaissent pas Saint-Louis, parce que vivant dans le virtuel.

Cette statue est tombée une première fois, puis a été déboulonnée par les autorités il y a plusieurs mois. Des travaux sont en cours sur ce lieu, symbole de l’ancienne capitale de l’Afrique de l’Ouest. Elle aura certainement sa place dans un musée des indépendances. 

Les rues de Saint-Louis ont été débaptisées. Les rues des grandes villes de notre continent ont longtemps porté les noms des gouverneurs et généraux français de l’époque coloniale. À Saint-Louis, les maires successifs, tenant compte de l’évolution de notre histoire, ont procédé au changement progressif de dénomination des rues de la ville. Ainsi, la rue André Lebon est devenue Rue Khalifa Ababacar Sy (le Khalife, fils de Rokhaya Ndiaye, est né en 1885 à Saint-Louis, sur cette rue). La célèbre rue Brière de l’Isle porte dorénavant le nom d’Abdoulaye Seck, Marie Parsine. Le quai du gouverneur Roume est devenu quai Bakar Waly Gueye, le célèbre lycée Faidherbe, nid de l’intelligentsia africaine, cette élite qui a bâti les nations après les avoir menées aux indépendances, porte le nom du guide religieux et résistant Cheikh Oumar Tall, etc. Ce travail a été fait dans l’esprit qui caractérise cette cité, avec mesure, équilibre et sans excès aucun. Mieux, en maintenant la mention historique, (ex rue…)

Au même moment, au cœur de Dakar, Abidjan, les rues, avenues et boulevards Jules Ferry, Felix Faure, Carnot, Victor Hugo, Émile Zola, de Gaulle, Georges Pompidou et même Giscard d’Estaing demeurent. Non, Saint-Louis ne peut recevoir de leçon d’indignation.

Saint-Louis est le creuset de la résistance en Afrique de l’Ouest. Saint-Louis a mis à la disposition de l’Afrique son élite. Le Sénégal indigné et l’Afrique résistante, doivent énormément aux filles et aux fils de Saint-Louis. Reconnaissance éternelle à :

Ceux qui, avec Lamine Gueye (maire de Dakar pendant 16 ans à partir de 1945), Abdoulaye Boye, Alioune Marius Ndoye, Baka Diop, Youssoupha Camra, Badara Ndiaye Mame Penda et Pape Mar Diop, fondèrent en 1912 le premier groupe de revendication politique d’Afrique Noire dénommée « Jeunesse sénégalaise ».

Celles qui, autour de Soukeyna Konare, la passionaria sénégalaise se sont battues pour le droit de vote des femmes.

Ceux qui, élèves, ont jeté un matin leurs casques coloniaux dans le fleuve Sénégal.

Celles et ceux qui sous l’aile d’Alioune Diop, le Socrate saint-louisien, ont bâti la célèbre maison d’édition Présence Africaine, au cœur du Quartier latin, à Paris.

Celles et ceux qui autour d’Amadou Mahtar Mbow ont créé à Paris la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF). Dans le 6eme bureau, élu le 30 décembre 1955 les trois vice-présidents sont Ogo Kane Diallo, Kader Fall et Djeumb Gueye. Le trésorier, Bouna Fall. Tous des Saint-Louisiens.

Celles et ceux qui, réunis en 1957, chez une Saint-Louisienne, Felicia Ndiaye Basse, pharmacienne à Thies, ont créé le Parti Africain pour l’Indépendance (PAI). Parmi eux, de nombreux fils de Saint-Louis, Khalilou Sall, Majmouth Diop, Coupet Camara, Tidiane Baydi Ly, Amsata Sarr.

Celles et ceux qui sont partis en 1958, auprès de Sékou Touré pour la reconstruction de la Guinée indépendante, à la suite du « Non » à la France.

Ceux qui, jeunes, avec Charles Gueye, sont partis se former à la guérilla à Cuba.

Ceux qui, aux côtés de Maîtres Fadilou Diop, Ogo Kane Diallo, Ogo Gueye, Boubacar Gueye ont défendu les militants indépendantistes brimés sur toute l’étendue du continent.

Ceux qui, dans les armées, ont gardé leur dignité de soldat. Les généraux Abdoulaye Soumaré, exilé par Senghor suite à l’éclatement de la Fédération du Mali, Amadou Fall mis aux arrêts par Senghor, suite aux événements de 1962, avec retrait de ses titres et grades, et d’autres, victimes de leur sens de l’honneur bien saint-louisien. Le Général Jean-Alfred Diallo, un autre saint-Louisien, mettra en œuvre le concept d’armée-nation, en créant le village de Savoigne.

Les lycées de Saint-Louis, y compris le célèbre Prytanée militaire Charles N’Tchoréré, ont été parties prenantes, des grandes révoltes scolaires au Sénégal. Ces mêmes lycéens irradieront les partis d’opposition clandestins des années 70, au Sénégal et au-delà dans toute l’Afrique.

Aujourd’hui l’Université Gaston Berger (philosophe, prospectiviste saint-louisien et père du célèbre danseur Maurice Bejart) apporte au quotidien sa contribution à la reconstruction de l’identité de notre continent à travers notamment ses brillants penseurs de la décolonialité.

Saint-Louis a été et demeure le berceau de l’élite africaine indignée ; mais une indignation dans le respect des valeurs sénégalaises : Jom, Sutura, Teggin et Kersa

source : Thierno Ousmane Camara / seneplus

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