Accueil » Diaspora » Défi du retour » FAFA : Des salons de Washington DC au fabulous fashion !

FAFA : Des salons de Washington DC au fabulous fashion !

Aujourd’hui, nous allons vous conter l’histoire de Ndeye Fatou Ndiaye appelée Fafa par ses copines. Cette jeune dame a quitté le Sénégal en 1995, deux ans après le bac et après avoir intégré la fac d’anglais de l’Ucad pour aller continuer ses études aux USA. Elle avait de la famille dans ce pays donc, cela lui semblait aller de soi. Erreur, quand on a qu’un visa de touriste, et pas de carte de « social security », on ne peut pas étudier aux states ! Pour celle qui rêvait de continuer son anglais et étudier le commerce international, c’était le début de la galère. De toute façon, même si elle avait les bons papiers, il aurait fallu payer 11 000 dollars US (5 500 000 FCFA) par année ; ce qui était hors de sa portée. Donc, tout de suite, elle a compris que la seule voie qui s’offrait à elle, c’était celle du travail clandestin dans les salons de coiffure de Washington DC .

Débuts difficiles : L’enfer solitaire des tresseuses

Fafa savait coiffer, elle savait tresser donc elle s’y est mis dans la banlieue du New Jersey. Là, encore elle va buter sur le problème de la langue : l’espagnol est le dialecte phare dans cette zone ; langue qu’elle ne maîtrisait pas. Du coup, elle ne pouvait communiquer avec ses clientes. Au bout de quelques mois, elle va rejoindre sa sœur à Washington DC. Fafa va intégrer le salon de coiffure d’une Sénégalaise qui lui payait 250 us dollars par semaine pour un rythme de travail d’enfer : 19 h de travail par jour, debout, à rouler des rastas ou confectionner des « senegalese braids » surtout en hiver. En été, le rythme passait à 15 h de travail par jour. Pas le temps de vivre, pas le temps de bien manger ! En dix ans, elle n’a pas mis un pied au cinéma ! Les cérémonies, n’en parlons pas ! Et ce qui l’a marquée le plus, c’est le caractère sacré du client. Parfois, quand la cliente n’est pas satisfaite, elle décide de ne pas payer le service ! Pour celle qui était passée à la commission (40 à 45 % de la facture) au bout de six mois de présence, c’était le désastre quand cela arrivait.

Svp un peu d’indulgence !

En effet, les tresses sont facturées entre 80 et 250 us dollars et notre jeune dame qui n’a aucune garantie ni couverture maladie ou sociale ne pouvait compter que sur sa paye pour assurer son logement, sa nourriture et son transport. C’était le chacun pour soi. Personne n’aide personne. La vision du « make money » en Amérique est poussée à son paroxysme. Quand on s’interroge sur les gaspillages de ses consœurs qui travaillent à Washington DC, elle demande de ne pas toujours se fier aux vidéos qu’on envoie en Afrique où on voit les femmes organiser des méga fêtes avec beaucoup de gaspillages. Elles le font, c’est vrai, mais une ou deux fois par année, pas plus. C’est aussi un peu leur petit plaisir après tant d’heures de labeur, afin de sentir qu’elles vivent et profitent de leurs gains. Donc, Fafa demande d’être indulgent avec ces femmes.

L’auto-emploi, le renouveau !

C’est au bout de cinq ans que Ndeye Fatou Ndiaye a décidé de quitter le salon de sa patronne pour s’installer à son propre compte, chez elle, dans son appartement,  en faisant l’acquisition du petit matériel de salon nécessaire. Là, elle commence à vivre parce qu’elle prenait les clients sur rendez-vous, elle pouvait mieux manager son temps et dans la foulée, elle épousera un Sénégalais qui vit en Allemagne. Elle gardera ce rythme pendant 4 ans et décide pour fonder une famille, mais aussi pour être plus proche de sa mère malade, de rentrer au Sénégal en 2003. Elle rassemble toutes ses économies et revient. Son émigration aux USA lui aura appris à être autonome, courageuse et entreprenante. La petite étudiante naïve de 95 avait appris à ne compter que sur elle-même et à savoir ce qu’elle attendait de la vie. C’est pour cela que dès son retour, elle s’est lancée dans le commerce.  Des petits séjours au Maroc (3 à 4 jours) par mois  ont rythmé sa vie de commerçante. Elle donnait ses produits à vendre à des amis qui l’aidaient parce qu’entre-temps, elle a dû faire face aux aléas de la vie : ses deux grossesses qui se sont suivies, la perte de sa mère et le divorce qui intervient en 2008.

Vaincre la peur du retour

Malgré tout, Fafa a tenu bon. Ses sœurs qui avaient fait le choix de rester aux states lui envoyaient des produits cosmétiques, des bijoux qu’elle arrivait à placer malgré le fait qu’elle a dû reconstruire tout son réseau relationnel. En effet, elle avait perdu le contact avec ses copines du fait de son long séjour aux states ,car à l’époque, l’internet n’était pas tellement accessible. En 2010, Ndeye Fatou décide de se lancer dans la couture en plus du commerce des produits. C’est la naissance de sa boutique “fabulous fashion” qui a pignon sur rue dans les allées Khalifa Ababacar Sy à Dakar.

Elle assure n’avoir jamais pensé se tourner vers les institutions financières, car elle avait peur de perdre sa maison qui est le seul investissement qu’elle a pu faire pendant ses années de galère et qu’elle ne comptait pas donner en garantie aux banques. Elle déplore que le gouvernement n’ait aucune politique incitative pour encourager les immigrés à rentrer. Et pourtant, il le faut ! Aujourd’hui, dit-elle, « les tresses ne font plus recettes aux USA, les Américaines elles-mêmes les font ; donc les Sénégalaises se tournent vers du baby-sitting ce qui est aberrant ! Autant revenir ici et investir ses économies dans le commerce ! »

La sérénité d’être chez soi !

En plus d’avoir la sérénité d’être chez soi, entouré par sa famille, on peut créer des emplois, saisir des opportunités et bien réussir ce qu’on faisait à l’étranger. Elle reconnaît cependant que pour travailler au Sénégal, il faut avoir de l’argent et des connaissances.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Login