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Excisée, ma vie conjugale se porte très bien. Merci !

Si des milliers d’écrits, de documentaires, de débats ont été faits sur le délicat sujet, tous pratiquement ont produit le même son de cloche, une condamnation sans appel de l’excision. Certes, la plupart des personnes qui pratiquent cette coutume barbare, ont essayé d’expliquer le pourquoi, mais ont-ils vraiment été une fois écoutés ou compris ? Certains ou certaines qui se sont rendus coupables de l’avoir imposé à leurs filles ont payé de leur liberté leur « barbarie » dans certains pays occidentaux. Beaucoup ne savaient pas que vivant sur un autre sol que celui qui les a vus naître, ils ou elles se rendaient coupable d’un crime.

Nous avons donc toujours été habitués à une condamnation sans appel de l’excision et l’avons-nous-mêmes fermement condamnée. Grande a donc été notre surprise d’entendre un autre son de cloche auprès de MB, une sénégalaise originaire de la région du fleuve, une vraie halpulaar, excisée et qui ne s’en plaint pas du tout, au contraire !

Quand nous avons interrogé MB après plusieurs autres femmes qui, sans surprise, nous ont dit à quel point cet acte était horrible, la réaction était tout à fait surprenante devant cette jeune femme pleine de vie.

« Vous savez, nous a-t-elle dit, j’ai été excisée, mais je ne me sens aucunement handicapée par cela. Par contre je dois avouer que cette ablation du clitoris a été faite tellement tôt que je n’en garde aucun souvenir, j’ai même l’impression d’être née comme ça ».

Pour elle, ce qu’elle a compris de la légitimité de cet acte c’est ce que sa grand-mère lui a expliqué. Elle nous rapporte que sa grand-mère lui a dit ceci : « tu sais ma chérie pourquoi chez nous nous pratiquons l’excision ? C’est parce que, selon leur précocité, les petites filles peuvent déjà à l’âge d’un an ou de deux ans se mettre à explorer leur corps. Quand elles rencontrent leur clitoris, elles se mettent à le tripoter parce qu’elles ressentent quelque chose à cet endroit. Alors on fait l’ablation de cet organe, pour éviter que dès le plus jeune âge les filles ne soient portées sur l’acte sexuel, ou bien qu’en se tripotant ainsi, loin de savoir encore à cet âge ce que ce geste représente, elles attirent l’attention des petits garçons ou d’hommes pédophiles. Cela permet à la petite fille de garder plus longtemps sa chasteté et d’éviter ainsi des rapports précoces dès la petite enfance ou l’adolescence».

Elle nous explique par contre que dans son village, seul le clitoris est enlevé, on ne touche ni aux grandes ni aux petites lèvres, rien n’est cousu non plus, on pratique l’excision au même titre que la circoncision.

Mariée à deux reprises, elle nous fait cette confidence : « vous savez, je vis très bien ma vie conjugale. Je me suis mariée à deux reprises et j’ai cinq enfants. Deux de mon premier époux et trois avec mon actuel mari. Mais avec les deux, cela s’est toujours bien passé pour les relations conjugales. D’après eux, j’ai des muscles vaginaux qui sont très puissants, ce qui leur apporte que du bonheur. Et que ce soit avec l’un ou l’autre l’acte conjugal a toujours été pour moi plutôt agréable ! Je pense qu’à défaut de clitoris, j’ai appris automatiquement à aller chercher mon plaisir ailleurs ! »

Elle rajoute tout sourire, « nous femmes toucouleurs excisées, nous n’avons pas besoin de clitoris pour arriver au 7ème ciel. Nous apprenons à utiliser nos muscles internes pour aller trouver un plaisir plus intense. Alors que celui procuré par le clitoris doit être très superficiel, n’est-ce pas ? » Je réponds : « peut-être bien, si cela se trouve, certainement. Je n’ai pas été excisée, je n’en sais rien. » Elle me dit alors « en tout cas dites à vos lectrices mariées de bien garder leur homme loin d’une femme excisée. Un homme qui s’y frotte n’est plus capable de s’en détacher ! » …Rires !

Avant de nous quitter MB nous dit encore : « ce que je peux vous dire encore sur le sujet, en tout cas pour ce qui me concerne, là où j’ai été excisée, je veux dire l’endroit où était le clitoris, est encore sensible. Même sans cet organe, j’éprouve du plaisir quand on me touche là. Donc, moi en tout cas, je n’en veux aucunement à ma mère et mes tantes qui m’ont fait subir cet acte dit barbare. Peut-être aussi est-ce parce que je ne garde aucun traumatisme de l’excision ? »

En quittant MB, je me dis que ses propos sont à méditer. Si les populations ont autant de mal à abandonner cette pratique, ne faudrait-il pas alors les assister, les accompagner, aider ceux qui tiennent absolument à le faire, à pratiquer l’excision dans de très bonnes conditions ? Il faut d’abord savoir que ce ne sont pas tous les africains qui pratiquent l’excision. Mais chez ceux dont la croyance est profondément ancrée, et qui ont du mal à abandonner cette pratique en le faisant vaille que vaille dans n’importe quelle conditions, ne faudrait-il pas les aider à en faire un acte pratiqué en milieu médical, comme pour la circoncision, et le faire assez tôt de manière à ce que l’enfant n’en garde aucun souvenir et donc aucun traumatisme ?

 

 

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