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Éthiopie : le président est une femme

Pour la première fois, une femme est présidente de l’Éthiopie. C’est à l’unanimité que les parlementaires ont désigné Sahle-Work Zewde le 25 octobre 2018 pour ce poste essentiellement honorifique. Elle est née le 21 février 1950 à Addis-Abeba. Elle est l’aînée de quatre filles. Elle est séparée du père de ses deux garçons depuis plusieurs décennies, ce qui ne l’a pas empêchée de mener une brillante carrière de diplomate.

Elle étudie au lycée franco-éthiopien Guébré-Mariam, puis part en France à l’âge de dix-sept ans. Elle est diplômée en sciences naturelles à l’université de Montpellier, et parle couramment amharique, anglais et français.

C’est une diplomate de carrière de 68 ans qui devient la quatrième chef de l’État en Éthiopie depuis l’adoption de la Constitution de 1995. Ce texte prévoit qu’un président peut être élu pour un maximum de deux mandats de six ans. Elle était jusque-là la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres auprès de l’Union africaine (UA). Auparavant, elle avait été ambassadrice en France, à Djibouti, au Sénégal, et la représentante permanente de l’Éthiopie auprès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), le bloc régional est-africain. Mme Sahle-Work, née à Addis-Abeba et qui a étudié en France, est à l’heure actuelle la seule femme chef d’État en Afrique.

Un discours d’investiture en forme de plaidoyer pour les femmes

Lors de son discours d’investiture, elle a salué les réformes réalisées par le nouveau Premier ministre Abiy Ahmed, entré en fonction en avril, et plus particulièrement le choix récent de ce dernier de nommer un gouvernement dont la moitié des postes sont occupés par des femmes. Les ministères de la Défense et le nouveau ministère de la Paix ont notamment été attribués à des femmes. « Si les changements réalisés actuellement en Éthiopie sont menés à la fois par des hommes et des femmes, leur élan aboutira à une Éthiopie libre de toute discrimination religieuse, ethnique ou basée sur le genre », a-t-elle déclaré. « Les femmes sont les premières victimes de l’absence de paix », a-t-elle ajouté. «Durant mon mandat, je me concentrerai sur le rôle des femmes en vue d’assurer la paix, ainsi que sur les bénéfices de la paix pour les femmes. J’appelle le gouvernement à éradiquer la pauvreté avec la pleine participation des femmes, car c’est une source d’instabilité. » Elle a également appelé gouvernement et opposition à « se concentrer sur les choses qui nous unissent », afin de « créer un pays et une génération dont nous serons fiers ».

Un signal fort envoyé par l’Éthiopie

La nomination de Sahle-Work Zewde a été saluée par le Conseil de sécurité à New York. Annoncée par l’ambassadeur bolivien Sacha Sergio Llorentty Soliz, président en exercice de la plus haute instance de l’ONU, la nouvelle a suscité les applaudissements des diplomates réunis pour un débat du Conseil sur « Les femmes, la paix et la sécurité ». Avant de désigner la sexagénaire, les deux chambres du Parlement avaient entériné la démission du président Mulatu Teshome, qui occupait cette fonction depuis 2013. Aucune explication n’a été fournie pour la démission de M. Mulatu un an avant la fin de son mandat. Mais les observateurs estiment qu’elle résulte de négociations en cours entre les quatre partis formant la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF). Le président éthiopien est officiellement le chef de l’État, mais en dépit d’une importante influence sociale, ses responsabilités sont essentiellement symboliques et honorifiques. L’essentiel du pouvoir est aux mains du Premier ministre, qui représente le pays dans les grands sommets internationaux.

En avril, l’EPRDF a choisi Abiy Ahmed comme nouveau Premier ministre, pour la première fois issu du plus grand groupe ethnique du pays, les Oromo. M. Mulatu vient également de cette ethnie. M. Abiy a depuis entrepris un vaste programme de réformes, incluant la libération de dissidents, une ouverture de l’espace démocratique ainsi que la paix avec l’Érythrée voisine.

Dans le sillage d’autres femmes à la tête d’États africains

Les femmes ayant précédemment occupé la fonction de chef de l’État en Afrique incluent Ellen Johnson Sirleaf, devenue en 2005 la première présidente élue du Liberia et d’Afrique, qui a cédé le pouvoir à George Weah début 2018, et l’ancienne présidente mauricienne Ameenah Gurib-Fakim, qui a démissionné en mars 2018, car impliquée dans un scandale financier. Au Malawi, Joyce Banda avait occupé le poste de président de 2012 à 2014 à la suite du décès de son prédécesseur Bingu wa Mutharika.

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