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Edito de JUIN : Saisir le sens du Ramadan

Si on connaît du mois de ramadan, le  jeûne rituel que tout musulman doit observer; on ignore généralement le sens profond de cette abstinence. Il y a certainement là donc, quelques ambiguïtés à lever.

«Ramadan est une école pour le croyant», a-t-on l’habitude d’entendre. Une pause spirituelle où on se ressource pour le reste de l’année et pour stimuler notre ardeur pour le reste de notre vie. Cependant pour beaucoup de sénégalais, ce n’est qu’un mois d’application pour onze mois d’oubli. Pour ces derniers, Ramadan a été un moment où ils ont tout donné, se sont privés de ce qu’ils désirent pour plaire à Allah. Et comme tout joueur, après le match, le temps est à la récompense et au repos. Ainsi, ils passent la journée sans se soucier des actes d’adoration qui les échappent. Ils se battent pour rattraper ce qui a été perdu pendant le match. Pendant ces moments, les ventres commencent à se remplir tandis que les mosquées se vident. Le moment est donc venu pour le fidèle, après s’être maitrisé pendant Ramadan, de se défouler ou encore de s’exploser. Tout s’éteint à l’intérieur pour que le désir de l’interdit s’éveille et que se rallument toutes les tentations. Bref,  tout se passe comme si Ramadan était  le seul mois d’adoration. Pire, cette vie se résumerait à onze mois de désobéissance pour un mois d’adoration et Allah serait simplement un «Dieu de ramadan».

 Appréhender le sens profond du ramadan

 Sa signification première est l’égalité des personnes humaines puisque, volontairement, tous  sont censés s’astreindre au dénuement et se rendre alors à la nécessité de la solidarité avec les moins nantis; proches et voisins en premier, concitoyens en général. C’est un moment d’empathie envers ceux qui sont dans le besoin et de remerciement quand on reçoit la nourriture à la fin de la journée, alors que des millions de personnes meurent de faim.

 Seconde vertu prônée : la patience, puisque tout acte de colère est prohibé. Troisième attitude recommandée : le pardon et la réconciliation. …Le ramadan est donc censé être un moment d’introspection, une occasion de se concentrer sur l’âme plutôt que sur le corps, de devenir plus spirituel que matériel tout en améliorant les comportements. C’est aussi l’occasion pour nos décideurs d’assainir le débat politique et de se tourner vers la satisfaction des besoins primaires des populations, à savoir une fourniture continue d’eau et d’électricité durant ce mois de privation.

Outre la spiritualité, le mois de Ramadan revêt donc un fondement éminemment citoyen.

En clair, quand on décide de faire le ramadan, il est bon de se demander comment faire au mieux pour tirer profit de cette période, mais il est aussi conseillé de se demander pourquoi a-t-on décidé d’observer le jeûne. Ce qui pourrait permettre à tout à chacun de s’approprier voire de mieux s’approprier la démarche spirituelle d’un des cinq piliers de l’Islam et par ricochet sa relation avec le sacré et / ou la sacralité.

Tout cela pour dire que le jeûne, c’est tout sauf un exercice collectif imposé, une sorte de rite sans rituel, une série de codes sociaux inclusifs, un espace temps où l’on transforme sa manière d’être ou de faire, le temps d’un ramadan.

Ce n’est pas non plus le mois des excès en tout genre, que ce soit en matière de fixation des prix des produits alimentaires ou de consommation d’aliments en tout genre. Et que dire du sommeil, qui ne doit pas être que réparateur mais avant tout récupérateur, et que dire surtout à celles et ceux qui suivent des traitements médicaux?

Vivre le Ramadan dans cette société, c’est véritablement un acte de résistance contre ce système qui voudrait nous ôter notre humanité et nous détourner du Tawhid, nous réduire à ne devenir qu’une machine à consommer, noyés dans notre triste quotidien, nous auto-endoctrinant devant notre petit écran, encerclés par ses innombrables publicités de marchandises censées nous procurer un peu de bonheur.

Mais de quoi parle-t-on quand on dénonce ce  » système » ? Contre quoi, contre qui devons-nous résister aujourd’hui durant ce mois de Ramadan et bien au-delà ?

Autant de thématiques et de sujets que l’équipe rédactionnelle de Debbo Sénégal  se fera le plaisir d’aborder avec vous.

 Préserver les acquis du jeûne

 Le Ramadan doit être un moment d’éducation de l’âme à l’élévation spirituelle. Ce mois est une école du changement. Un mois pendant lequel, l’on change les œuvres, la façon de vivre, les coutumes, les comportements qui vont à l’encontre des lois d’Allah.

Si Ramadan qui n’est qu’un intervalle de temps qui s’est écoulé, nous a permis de renouer avec les pratiques, l’après jeûne nous invite à faire un bilan des dites pratiques afin d’en tirer une meilleure conduite pour la préservation de notre foi.

Les jours de Ramadan nous ont appris à nourrir le cœur et à le rendre pur à travers la lecture du Coran, le rappel, la méditation, l’accomplissement des bonnes œuvres, etc. Et remarquez que les arbres ne continuent à vivre qu’en étant irrigués, sinon ils sont condamnés à se dessécher. Il en est ainsi pour l’arbre de la foi et du bon comportement qu’on a planté dans le cœur pendant Ramadan. Cet arbre a renoué avec sa source de vie à travers l’accomplissement des actes d’adoration.

 Et, en espérant que la semence arrivera pleinement à maturité, ne nous privons pas de souhaiter bon Ramadan à ceux qui l’observent et à ceux qui les observent. Puisse Dieu nous soutenir à sauvegarder les acquis de Ramadan.

About Khady Gadiaga

Khady GADIAGA est diplômée en Marketing Stratégique et Communication Organisationnelle de Liverpool Polytechnic Business School (Royaume Uni). Elle est également titulaire d’un Master 2 en gestion de projet de Kassel Hochschule en Allemagne et d’une licence en langues étrangères appliquées (anglais /allemand). Ayant capitalisé vingt ans d’expérience professionnelle, elle a piloté le marketing et la communication institutionnelle de plusieurs entreprises des secteurs privé et public au Sénégal et à l’étranger. Elle dispose également de plusieurs années d'expérience professionnelle pertinente dans l'élaboration et la mise en œuvre de politiques, programmes et projets liés au genre, qu’elle a eu à mettre au service de plusieurs organisations non gouvernementales. Khady GADIAGA est également connue dans la communication d’événements culturels d’envergure nationale et internationale (Dak’Art, FESMAN, AGFA, etc).

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