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covid 19 : le blues des salons de coiffure

Les salons de coiffure et d’esthétique qui accueillaient des hommes et femmes de toutes les conditions sociales, semblent broyer du noir avec une clientèle qui se raréfie.

En s’imposant à l’humanité, la pandémie du coronavirus continue de bouleverser la société jusque dans ses besoins et pratiques les plus élémentaires. Les salons de coiffure et d’esthétique qui accueillaient des hommes et femmes de toutes les conditions sociales, semblent broyer du noir avec une clientèle qui se raréfie. Pour cause, la plupart des sénégalais, par peur de choper le virus chez le coiffeur, ont opté pour la boule à zéro à domicile au détriment des acteurs de ce métier.

En ce temps de crise sanitaire, la tendance est au sauve-qui peut. L’instinct de survie prend le dessus sur les goûts esthétiques comme s’offrir un nouveau look chez le coiffeur ou suivre la tendance. C’est ce que semble vivre Mohamed Mbodj.

Rencontré au pas de sa porte à Ouest Foire en cette période de pandémie, le reflet que dégage le crâne de ce jeune homme, laisse croire à une calvitie. Après quelques pas, se dessinent, derrière l’éclatant crâne du jeune homme, les effets d’un rasoir qui n’a laissé le moindre cheveu sur son passage. Un long cure-dent bien accroché à l’extrémité de ses lèvres, Mohamed Mbodj brille dans sa djellaba.

Depuis que l’évolution du coronavirus a entamé sa courbe ascendante dans le pays avec des chiffres inquiétants, notre interlocuteur n’a pas mis les pieds chez le coiffeur du coin. Il se dit cloitré à domicile. Les rares moments où il met le nez dehors, c’est pour effectuer des courses pour les besoins du « ndogu » avant l’heure du couvre-feu. Mohamed qui se dit inquiet par la prolifération des cas communautaires étale ses craintes à l’origine du changement de son mode de vie. « Il n’est plus question pour moi de prendre le risque d’aller comme d’habitude faire la queue dans un salon de coiffeur au moment où grimpe de plus en plus le nombre de cas positifs au coronavirus. Personne ne sait qui est porteur du virus ou qui ne l’est pas. C’est pourquoi, au lieu de s’y rendre, j’ai tout simplement acheté un rasoir. Et c’est mon frère qui se met à l’œuvre à la maison. On se rase à tour de rôle », raconte le jeune chômeur, assis sur une chaise à la devanture de son domicile, les pieds interposés, chapelet en main, crane flamboyant. Birame ndiaye est dans la même dynamique.

Pas de trace d’une seule touffe de cheveux sur sa tête. Bien que son âge avoisine la trentaine, ce père de famille a tourné le dos à son coiffeur par mesure de prudence face à la recrudescence des cas de contamination à Yoff, son quartier. S’arrêtant pour répondre à notre interpellation, il ajuste son masque puis articule: « Cela fait des années que je n’ai pas adopté la mode du boule à zéro. Mais avec cette situation, tous les moyens sont bons pour éviter de contracter le coronavirus. Car il faut aussi savoir que les coiffeurs sont en contact permanant avec les gens. Donc, pour moi, il est devenu impératif de s’éloigner des points de convergence de diverses personnes, surtout s’ils ne sont pas nécessaires pour notre vie » a confié Birame.

A quelques encablures, dans le même coin, se trouve le salon de coiffure de Seydou. Nous sommes dans l’après – midi du deuxième samedi du mois de ramadan. Sur un grand fauteuil disposé en face d’un long miroir, sont allongés sur le dos ses deux apprentis. Adolescents, ils semblent épuisés par l’endurance du jeûne. A propos de leur posture, ils sursautent dans la somnolence et rétorque d’un air taquin que ce n’est point à cause de la rigueur du ramadan.

Dans cette pièce étroite sans l’ombre d’un client, le chef coiffeur nous accueille. « Comme vous le constatez, j’ai le temps libre pour évoquer la situation que nous vivons actuellement », s’est-il empressé de rassurer. Puis, Seydou de poursuivre : «Je viens de la Guinée Conakry et j’ai fait 10 ans à Dakar. Je ne suis jamais resté toute une matinée sans recevoir le moindre client venu se faire coiffer. Mais, depuis que ce coronavirus a commencé à se propager, les clients se font rares », s’est apitoyé, le propriétaire du salon de coiffure sans masque de protection sur la figure.

«J’espère que pour la fête de Korité, les choses vont changer »

Dans ce salon, où se ruaient même les dames du coin pour les besoins de traitement et de nettoiement de leurs cheveux, l’affluence n’est plus de mise. La mine triste, le visage résigné, Seydou Diallo s’est finalement résolu à ranger ses tondeuses et autres produits dans les coffres en espérant des jours meilleurs.

A en croire notre interlocuteur, les femmes, qui constituaient une bonne partie de sa clientèle, ne se pointent plus comme avant pour se faire belles. « Pour le lavage de leurs cheveux, elles venaient tout le temps ici faire du «shampoings». C’est surtout à l’occasion de cérémonies de mariage ou de baptême. Et malheureusement pour nous coiffeurs, toutes ces rencontres ont été délaissées par peur de la propagation du virus. Certaines d’entre elles venaient également solliciter nos soins par souci d’entretien et d’élégance de leur chevelure. Actuellement, on ne les voit plus. Mais j’espère que pour les préparatifs de la fête de korité qui s’annonce, les choses vont changer », escompte le coiffeur après une analyse froide de la situation.

Au salon à l’enseigne «baber shop garmy», propriété des frères Thiam, un des salons de coiffure moderne très prisé par les jeunes de la cité Ouest Foire et autres personnes du showbiz , tout est impeccable. Son enseigne lumineux est visible de loin. La devanture est bien aménagée. Ses vitres laissent voir l’intérieur du salon. Juste à l’entrée, une bouteille de gel hydro-alcoolique est à la disposition des visiteurs. Ce qui renseigne sur la prudence des frères coiffeurs. Un grand écran plat accroché en haut de l’angle du fond laisse diffuser les clips dans une chaine de nos télévisions locales. Au-dessous, sur la table, est rangée une dizaine de boites de produits capillaires. Badou Thiam, tondeuse en main, concentré sur la tête d’un client, n’a pas le temps de nous répondre.

Son tandem, au repos face à la défection de clients, ne cherche pas les mots pour se désoler de la situation d’inactivité qu’il vit depuis un certain temps. « Notre salon de coiffure faisait l’attraction des jeunes du quartier et même d’autres jeunes. Parmi nos fidèles clients, figurent des personnalités et stars. Cependant avec les craintes liées au coronavirus, on peut rester une journée à attendre des clients. On ne reçoit que 5 clients au maximum par jour» explique ce coiffeur qui a vu son chiffre d’affaire dégringoler au fur à mesure que montait le nombre de cas positifs annoncés par les services du ministère de la Santé et de l’Action Sociale au sujet des contaminations liées à la pandémie du covid-19

source : seneplus.com

About Mounina Kane

Femme, mère et grand-mère passionnée de communication et d'écriture, c’est avec une grande joie que je prends la plume (ou le clavier) pour Debbosenegal, un grand challenge que je partage avec tous les membres de la rédaction.

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