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Adieu Deguène, ta bonne humeur continuera de nous accompagner…

Le Sénégal s’est réveillé ce jeudi 13 octobre 2016 avec la gueule de bois. On venait d’apprendre la disparition par suite d’une longue maladie de Deguène Chimère Diallo Babou, l’icône de la télévision sénégalaise. Elle avait 50 ans.

Depuis lors, les témoignages fusent de partout, de l’intérieur du pays comme de l’extérieur. Une dame exceptionnelle disent ses proches et ses collègues, une épouse aimante et soumise dit son mari, une femme généreuse et pieuse témoignent ses amis et même quelques anonymes.

Rares sont les personnages publiques qui ont suscité autant de peine et créé une telle onde de choc à l’annonce de leur décès. Moi qui croyais la connaitre pour avoir cheminé avec elle dans les années 90 dans le cadre du journalisme, j’en ai appris beaucoup sur elle en ces quelques soixante douze heures !

Deguene à droite sur la photo en pantalon noir et veste, MSK en robe fleurie à gauche sur la photo

Deguene à droite sur la photo en pantalon noir et veste, MSK en robe fleurie à                                                                   gauche sur la photo

J’ai connu une fille pleine de vie, coquette, pimpante qui aimait beaucoup rire. Une fille qui aimait faire la fête. Elle n’était jamais à cour d’imagination pour les divertissements : « niou mbaxal ? » (repas de l’après midi entre copines), « niou baali ? » (allons danser), organiser des sorties ou alors juste se retrouver quelques part dans Dakar pour prendre du bon temps et papoter. Deguène était toujours partante pour vivre et laisser vivre. C’était la copine idéale.

C’est pour cela qu’elle était une bonne journaliste de radio. Une voix. Mais aussi et surtout une oreille. Une oreille attentive. Ses qualités humaines ont  impacté son travail et ont fait d’elle la confidente de la nation.

avec son époux Me Babou un couple uni

avec son époux Me Babou un couple uni

Elle avait une voix douce et mielleuse qu’on aimait écouter surtout la nuit au delà de minuit. Elle savait écouter ses auditeurs, surtout ses auditrices et souvent, il lui arrivait de déchirer le drap de l’anonymat pour aller à la rencontre de son auditrice parce que cette dernière lui avait confié un problème de cœur ou de maladie incurable  ou de problème de ménage.  Je lui disais de rester une voix et de ne pas franchir la ligne rouge  car on nous avait appris que le mythe de la radio c’est d’être une voix reconnue,  écoutée et comprise mais c’était plus fort qu’elle. Elle le faisait en cachette et les larmes aux yeux, revenait nous raconter les malheurs de ses interlocuteurs  afin qu’on l’aide à y trouver une solution.

Ayant passé quelques années au Canada pour mes études, quand je l’ai retrouvée à mon retour  dans les radios océan FM après les aventures à Dunya, Soxna FM, Diamano FM etc. je voyais qu’elle s’était bien assagie. Elle ne parlait plus que de Dieu, de religion, de tarikha tout en continuant à donner des conseils de vie à ces fidèles auditeurs. Je me moquais d’elle au gré de nos rencontres en lui disant « tu es devenue mollah ou quoi ? » Elle répondait qu’elle a beaucoup appris de la vie et que seule la foi comptait. En 2010, on s’est rencontré à un déjeuner du 8 mars pour la journée internationale de la femme, elle venait de commencer la télé, je l’en félicitais pour la qualité des thématiques abordées tout en lui reprochant d’être devenue une vraie vamp, elle m’a tapoté dans le dos en riant de son rire cristallin « grande sœur ci yow laay roy » (je prends exemple sur toi).

Elle m’appelait grande sœur par égard au fait que je l’ai devancé dans le métier même si elle savait qu’elle était plus âgée que moi. C’est pour cela que je ne l’appelle pas maman Deguène ou yaay Deguène comme font les autres parce que pour moi elle restera toujours la petite sœur, copine pimpante et pleine de vie qui a grandi trop vite et qui a fini trop tôt sa mission sur terre.

Je reste persuadée qu’elle a été une grande dame de la radio, bien meilleure que celle que la télé nous a révélée mais c’est cela aussi la force de la télé ; imposer une image au détriment du son ; une journaliste teigneuse et soucieuse du travail bien fait, une amie sincère et fidèle qui mérite au soir de sa vie de se réveiller dans le meilleur des paradis célestes. REP Deguène.

Repose en paix Déguène

Repose en paix Déguène

 Mariam Selly Kane

Photos : sunuactu.net

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